Une première nav’ frileuse !

Avis de grand frais à fort coup de vent en cours, 7 à 8 entre Beauduc et Sicié. Fortes rafales. Mer peu agitée à agitée, localement forte entre Fos et Porquerolles.

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En cette fin du mois de janvier, la météo peut paraître peu engageante, mais une série de consultation auprès des navigateurs locaux. confirme qu’il existe bel et bien une fenêtre météorologique favorable pour effectuer en sécurité notre première navigation sur notre fier Feeling 416. L’objectif est de rallier Fréjus depuis Port-Saint-Louis du Rhône : 116 milles à parcourir en profitant d’une queue de mistral qui nous poussera à vive allure vers notre destination avant qu’une bascule au nord-est dans la nuit ne nous oblige à remonter face au vent sur la fin de parcours. Le fenêtre est étroite : il nous faut partir dès que le mistral faiblit un peu — tout au moins les rafales — en fin de journée pour parcourir le maximum de distance avant que le vent ne tourne, offrant alors des conditions sans doute moins musclées, mais nettement plus inconfortables.

Conscient que la nuit va être longue et froide, nous apportons avec Laure et un équipier – Matthieu, mon frère – appelé à la rescousse, un soin tout particulier à la préparation de cette navigation nocturne et hivernale. Techniquement, les sous-couches et les couches se superposent sous nos vareuses. Les caches col et les bonnets s’ajustent. Les bottes sont chaussées et les gants placés à portée de main. L’avitaillement est prêt, généreux, mais, comme souvent, nous négligeons de faire avant d’appareiller un vrai bon repas… Nous en serons quittes pour un jeûne forcé, personne n’ayant eu le courage de prendre en main la cambuse au milieu de la nuit ! Sur le pont, malgré le vent fort, tout s’est organisé. La grand-voile a pu être gréée, le troisième ris est pris, et la trinquette est à poste. Un peu avant 18 heures, nous quittons Port Napoléon — cet immense port à sec qui accueille 1200 unités à terre, mais qui dispose aussi de 240 places à flot et où bon nombre de plaisanciers français et étrangers (45 %) viennent rénover et entretenir chaque hiver leurs unités —.

Le chenal d’accès du port débouche sur le golfe de Fos. Un lieu étrange, frontière physique entre la réserve naturelle de Camargue et le paysage ultra industrialisé de Fos-sur-Mer. C’est ainsi que se côtoient sur la même carte postale des dizaines de cabanes de pêcheurs faites de bric et de broc, des colonies de flamants roses retournant la vase ainsi que les torchères, les cheminées et les lumières de l’un des plus grands terminaux pétroliers français. Ajoutez à cela le soleil couchant et l’on se croirait à s’y méprendre dans le décor postapocalyptique de Mad Max ! L’expectative de l’équipage est de courte durée, car il est temps de hisser nos voiles et de céder tant que nous sommes dans les eaux abrités de Fos à une tradition immuable : couper à sept reprises notre sillage ! En effet, notre Feeling a officiellement reçu son nouvel acte de francisation et par la même son nouveau nom de baptême : Lolito.

Pour une fois, la réalité météorologique sera scrupuleusement fidèle aux prévisions. Nous sommes cueillis dès la sortie de Fos par un mistral soutenu levant une mer de plus en plus grosse avec quelques séries de vagues se brisant dans notre sillage. Ce qui est bien avec le mistral, c’est qu’il fait le grand ménage en altitude, nous offrant une navigation sous un magnifique ciel étoilé orchestré par une lune pleine au trois quarts. Un spectacle qui nous réjouit tout autant que les premières sensations que nous ressentons à bord de Lolito. Le Feeling 416 est fidèle à sa réputation et à aucun moment nous ne sous sentons en danger. Sa carène puissante dévale la houle, s’autorise un ou deux surfs à plus de 10 nœuds, tout en restant parfaitement sous le contrôle du barreur et plus tard en soirée du pilote. Pour autant, la liste des travaux à venir commence à s’allonger. Si le pilote tient son cap, le rétroéclairage du panneau de commande est HS et c’est à la lampe frontale qu’il faut déterminer le cap à suivre puisque l’éclairage du compas aussi est HS. La remarque vaut aussi pour la centrale NKE, illisible. Nous ne connaîtrons ainsi jamais ni notre vitesse surface, ni la force exacte du vent rencontré. Tous les bouts sont à bout de course, mais il ne s’agit pas là d’une surprise. En revanche, bloqueurs et winchs nécessitent une sérieuse auscultation, un nettoyage, voire leur remplacement…

La suite de la navigation se déroule sans encombre, nous dépassons le redoutable Cap Sicié. Chacun prend son quart et respecte minutieusement les consignes établies avant l’appareillage : sur le pont, dans le cockpit, port du gilet et capelage de la longe obligatoire. Une contrainte toute relative tant les nouveaux gilets SL de Plastimo testés à cette occasion s’avèrent légers et discrets. De toute façon, avec ce froid mordant, toute couche supplémentaire est salvatrice !

Le tournant de la navigation arrive vers une heure du matin. Le vent redouble un temps nous gratifiant d’une jolie mer blanche pendant une petite heure, puis perd progressivement en force et bascule nord-est. La mer devient frontale et Lolito change de rythme. Son pas de danse est plus saccadé, plus énergique, plus humide aussi. Une humidité pas tant dans le cockpit bien protégé des vagues et des embruns qui viennent de temps à autre à l’assaut du pont, mais plus étonnamment dans le carré ou nos craintes se confirment : les hublots zénithaux ne sont plus étanches, tout au moins celui de tribord par lequel l’eau de mer s’infiltre, puis goutte non seulement sur la table du carré, mais également sur l’heureuse propriétaire hors quart qui avait trouvé refuge sur la banquette ! C’est finalement appuyé au moteur que nous rallierons le fond du golfe de Fréjus en milieu de journée pour nous amarrer, fatigués, mais heureux, aux quais du Chantier Naval de Port Fréjus (CNPF) avec en guise de cadeau d’accueil un très précieux petit chauffage soufflant !

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