Cuba libre !

Comme c’est bizarre, cette immersion dans la « Patria del Socialismo ». Jamais escale n’a fait naître autant de discussions à bord de Lolito. On aime, mais on s’interroge inévitablement sur le système, ce qu’il a apporté de positif à la population, sur les entraves à toutes les libertés fondamentales, sur son inavouable ouverture au marché, sur l’accueil de l’étranger : chaleureux, amical, profitable…

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Que de paradoxes dans la patrie du socialisme : Fidel (même après sa mort) est bien plus que le leader maximo, plus que le père de la patrie, c’est semble-t-il le père de chacun des Cubains sans aucune remise en question de la doctrine socialiste alors que c’est très clairement l’entreprise individuelle (taxi, casa particular, paladares, etc.) et le marché noir qui permet aujourd’hui aux cubains de survivre. Le jeu de la double monnaie (25 CUP pesos national réservés aux Cubains = 1 CUC peso convertible aligné sur le $ pour les touristes) accentue encore plus le besoin pour la population de trouver des sources de revenus en CUC.

Mais bon, si la parole se délie avec certains Cubains le temps d’un trajet en taxi en Peugeot 404 de 1973 (il n’y a pas que de vieilles Américaines à cuba !), de la préparation d’un repas dans une casa avec Joana notre cuisinière, la propagande intensive et la fierté nationale font beaucoup et il est rare d’entendre un discours critique… Sont-ils tous pour le régime ou est-ce de l’autocensure ? Les deux « Commandanté » ! L’omniprésence, jamais défraichie contrairement au reste du pays, des éloges à la cuba-29révolution, au Ché, à Fidel, – Patria o muerte, un mejor mundo es possible, Por Cuba con Fidel, Por un socialismo prospero y sostenible, Asta revolucion del pueblo es invincible, Yo soy Fidel – fait son office sur une bonne part de la population qui nous loue les bienfaits de la révolution : éducation et médecine en particulier. Et puis, en fin de soirée, dans la rue, certaines langues se délient et nous recevons ainsi un soir une décharge verbale d’un jeune homme révolté : lui vit dans un ghetto, lui n’a pas accès aux belles plages du littoral, lui doit faire du troc pour s’habiller, « le Cuba que vous voyez est une carte postale, ce n’est pas Cuba »… Nous entendons plus qu’il ne l’imagine et qu’il ne peut l’admettre. Car depuis notre arrivée, Cuba sonne bizarrement. Nous aimons les clichés cubains : les slogans révolutionnaires, les portraits du Ché, les couleurs délavées des maisons, les vieilles voitures, les calèches, etc. Toute cette ambiance des 60’s voire bien antérieur lorsque par exemple nous voyons là un homme labourer son champs avec une charrue et des bœufs, ou encore toutes un groupe de paysans travaillant la terre à la bêche. Nous adorons l’accueil et la gentillesse des Cubains. Mais nous sommes dérangés lorsque nous poussons un peu plus loin nos visites, hors des quartiers touristiques. C’est là tout l’intérêt de ce voyage en immersion dans Cuba : en cherchant de quoi vivre pour notre quotidien, nous touchons du doigt le dénuement extrême dans lequel vit la population. Surtout que nous… le marché noir et les bons plans, nous n’y avons pas (ou peu) accès. Alors nous déambulons dans leurs supermarchés « monoproduits » où les rayonnages lorsqu’ils ne sont pas vides n’affichent par exemple que de la bière… Aussi bizarre que cela puisse paraître, impossible d’acheter un parapluie lorsqu’il pleut ou un jeu de domino en plastique (pourtant le jeu national), alors quand il s’agit d’oeufs, de viande ou de laitage, c’est mission impossible ! Le constat très vrai à La Havane, ou du moins de ce l’on a vu de la capitale, l’est moins à Santiago où les boutiques sont un peu mieux achalandées et à la campagne où il est plus facile de trouver les « bons plans ».

Enfin, pas d’panique… notre voyage ne fut pas un voyage d’étude, mais un voyage de découverte qui a débuté avec notre arrivée en voilier. Lolito et Archipell, désormais inséparables, sont entrés dans la ria menant à la Marina de Puerto Vita. L’endroit est insolite. Des rives arides, des eaux claires, quelques vaches, un cheval attelé à une carriole, quelques Cubains en train de déjeuner sur la rive, un pêcheur au milieu du chenal flottant sur une chambre à air de tracteur… puis au loin un unique ponton, Puerto Vita. Mais avant de s’y amarrer : mise en quarantaine pour les deux équipages, et attente du médecin (en blouse blanche !) pour la visite médicale obligatoire, puis d’un agent du ministère de la Santé pour l’inspection des fruits et des légumes de la cambuse avant, naturellement, le passage des douanes et le passage des chiens policiers. Tout ça dans la bonne humeur générale. Puis rinçage et nettoyage des voiliers avant de les fermer pour 15 jours et de prendre la route à bord d’une vieille

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Depart de la marina en Dodge

Dodge de 1959 : carrosserie rutilante, intérieur en skaï rouge et noir, mais équipée d’un moteur Mercedes – grande fierté du chauffeur – et d’un écran TV diffusant des clips ! Le voyage commence par une petite traversée de nuit de l’île. Douze heures de bus depuis Holguín, pour découvrir La Havane encore un peu endormie au petit matin. Le temps d’un p’tit déj’ dans un bar puis de nous trouver une Casa Particular (chambre chez l’habitant) et la visite commence.

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La Havane, ou plutôt les Havanes : la vieille ville superbement restaurée, le sud de la vieille ville en ruine, mais en cours de travaux, ce qui reste de Centro Havana (derrière le Malecon, le front de mer) et Miramar le quartier résidentiel, celui des ambassades et des expatriés. Plus propret certes, mais lui aussi figé dans les années 60.

En fait Cuba, c’est un peu comme les façades de la vieille ville, des façades parfois restaurées habillant en réalité des immeubles neufs ; des façades sans rien dernières, juste un trou ; des façades soutenues par d’improbables échafaudages en bois disons-le… moyenâgeux ; enfin beaucoup de façades usées par le soleil derrière lesquelles les grands appartements habilement subdivisés par l’adjonction de mezzanines accueillent plusieurs générations de Cubains. Mais quelles qu’elles soient, une constante : il s’agit toujours de belles, de très belles façades.

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pres de Vinales

Après la belle Havane, direction Vinales dans la voiture moderne (et chinoise) d’un particulier. Disons un taxi, sauf que le chauffeur visiblement fatigué m’a très vite laissé le volant ! Vinales, un petit village perdu dans l’ouest de l’île entre cuba-15champs de tabac, montagnes et vallées. Un petit village pour une forte, une très forte population touristique. Il faut dire que le site qui vaut le détour a été cité par le New York Times parmi les 50 endroits dans le monde à visiter coûte que coûte : bref, c’est l’affluence. Le charme s’opère tout de même.

Trinidad, que nous rejoignons là encore en quelques heures de taxi collectif (un vieux Ford, ancienne bétaillère), connait elle aussi une forte affluence de touristes. En fai

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Trinidad

t, si ces deux sites sont magnifiques, ils ont comme souvent, un peu perdu leur âme. Trinidad, une ville-musée, superbement restauré dont les rues piétonnes pavées à l’ancienne nous offre un décor beaucoup plus lissé que celui de La Havane. Derrière les grands barreaux en bois ou en fer des fenêtres constamment ouvertes, les riches intérieurs coloniaux nous donnent une idée de la vie cubaine bien avant la révolution socialiste à l’époque où le sucre a fait toute la richesse de la région et des propriétaires français des exploitations.

La suite ? La baie des cochons (quand même !), puis 14 heures dans un bus qui prend l’eau (pour 600 km soit – de 40 km/h de moyenne !) qui nous emmène à Santiago. Changement de décors et d’ambiance : on sort de la carte postale pour toucher un peu plus la vie cubaine : la ville est moins belle certes, mais elle semble plus vraie. Et puis surtout, nous y fêtons le 1er mai ! Moins matinaux que les Cubains nous ratons le gros du défilé (entre 7h et 8h), mais rejoignons quand même la place de la révolution pour la fin des festivités ! Musique à plein tube, BBQ et fête foraine… d’époque là encore.

Nous y retrouvons aussi Archipell et rejoignons tous ensemble nos bateaux respectifs afin de nous préparer pour la transat retour !

À propos : La pièce de l’étai est parfaite ! Merci Jean-Luc pour le transport

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premier plan au dernier : la nouvelle piece, l’ancienne, celle fabriquee en Rep Dom au cas ou…

France-Cuba et merci Patrick pour sa fabrication express à Port-Camargue… Bref, le mât ne risque plus de tomber nous allons partir plus serein ! Le bémol : nous ne pouvons plus amurer notre voile de petit temps, espérons que nous n’en aurons pas trop besoin. (encore qu’avec un petit bricalage avec le tanguon et nous y arriverons ).

À propos 2 : Les Bahamas… c’est quand même sur notre route, à tout juste 70 milles, une petite dizaine d’heures de nav’ ! Du coup on se dit que nous ne sommes pas à trois ou quatre jours près et qu’avant de plonger dans la transat retrour, et que nous pourrions nous offrir quelques derniers plongeons dans des eaux turquoise… A suivre !

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